¿Qué Ciudad de México queremos para mañana? : Robins des Villes dans les écoles de Mexico !

¿Qué Ciudad de México queremos para mañana? : Robins des Villes dans les écoles de Mexico !

Mexico. 22 millions d’habitants. 4ème agglomération mondiale. C’est dans cette ville que Robins des Villes a pris part à un projet pédagogique inédit dans 110 écoles primaires en 2016. On vous explique tout.

Un processus de consultation citoyenne sur les politiques urbaines. A l’heure de l’impératif délibératif (1), ce type de projet peut paraitre relativement anodin. Pourtant, c’est à une démarche inédite, considérant les enfants comme de véritables acteurs de la ville, que nous avons pris part en 2016.

 

La méthodologie du projet : des écoles de Mexico aux couloirs de l’ONU

Ce projet, initié par l’Agence Française pour le Développement (AFD) et l’agglomération de Mexico (CDMX), est une opération pilote mené en 2016 dans 110 écoles primaires. Elle vise à “sensibiliser les enfants  sur les enjeux urbains et à recueillir leurs recommandations dans le cadre d’un concours d’idées ¿Qué Ciudad de México queremos para mañana?” (2).

Cette expérience pilote répondait à quatre objectifs :

  • Permettre aux enfants des écoles primaires d’exprimer leur ressenti et leur souhaits pour leur quartier
  • Valoriser la vision et les aspirations des enfants sur la ville  auprès des autorités et dans les instances de participation citoyenne.
  • Tester la méthodologie employée en vue de pérenniser ces ateliers dans le cadre des programmes scolaires ou d’activités extra-scolaires.
  • Présenter cette expérience pilote à la conférence Habitat III de Quito pour promouvoir la prise en compte de la paroles des plus jeunes et favoriser son adaptation dans d’autres villes, au Mexique et dans le monde

L’élaboration d’outils pédagogiques par Robins des Villes

La première phase de l’opération fut celle de la préparation de contenus pédagogiques. C’est pour son expertise sur ces questions-là que Robins des Villes a été convié à participer. Pendant plusieurs semaines, trois membres de notre équipe salariée sont alors allés à Mexico pour élaborer des outils permettant aux enfants de se familiariser avec certaines notions de base sur la ville et d’émettre des recommandations à partir de ces connaissances.

Pour cette mission, nous avons construit un manuel pédagogique présentant le déroulé des ateliers ainsi qu‘un carnet de recherche que les groupes d’enfants pouvaient compléter. Nous avons également inventé le personnage de Luna, chargé de guider les enfants dans leur travail. Un petit dictionnaire urbain a également été conçu.

Cette expérience s’est alors déroulée en trois phases. La première visait à créer une dynamique de groupe, à prendre conscience du rapport à l’espace urbain environnant et à établir un premier diagnostic sur le quartier. Au cours de cet atelier, les équipes d’enfants devaient dessiner la carte sensible de leur quartier en précisant les lieux, les odeurs et les bruits vécus, appréciés ou non. Un deuxième temps, organisé en trois sessions d’ateliers, cherchait à familiariser les enfants avec certaines notions clés pour ensuite leur permettre de reformuler leurs idées. Un jeu “avant/après” a permis de montrer aux enfants que la ville est un espace évolutif dans le temps. Les enfants ont aussi été emmenés à identifier les différents lieux qui constituent la ville (commerces, usines, gymnase, parc, etc.) et les manières de les aménager en fonction de leurs usages. Un dernier atelier faisait découvrir aux enfants les espaces publics, leurs caractéristiques et leur(s) fonction(s). Enfin, la dernière phase consistait en l’élaboration de recommandations sur la ville à partir du diagnostic initial. Pour cela, nous avons pris le parti de passer par l’utopie en proposant aux enfants de réaliser une maquette d’un quartier idéal, d’inventer leur espace public et d’élaborer une proposition artistique (dessin, récit, reportage photo, vidéo, collage, etc.) pour exprimer des recommandations.

Tous les éléments conçus par Robins des Villes pour cette action sont en téléchargement libre.

De la mise en place des activités à la conférence onusienne Habitat III

Les groupes ont suivis Luna, accompagnée de son quetzacoalt et son cousin équatorien, Inti, dans un diagnostic sensible, une découverte de leur ville, de son origine et de ses formes.

A partir de ce déroulé pédagogique, ce sont 17 000 enfants scolarisés dans 110 écoles primaires qui ont pu participer aux activités proposées via le programme SaludArte. Deux sessions de formation organisées par l’équipe-projet ont permis les animateurs (un par école) de s’approprier les supports pédagogiques crées par Robins des Villes. L’expérience a pu être complétée  par des ateliers menés par l’association Fuente de Poder dans une station de métro de la ville. A l’issue de deux mois d’ateliers dans les écoles et le métro, les équipes d’enfants ont rendu 87 carnets de recherche, ainsi que de multiples œuvres sur des supports variés (photos, maquettes, dessins, contes, vidéos, etc.). Finalement, seize équipes finalistes ont été présentés à un jury de représentants des institutions partenaires et cinq d’entre elles ont été retenues pour participer à la conférence Habitat III à Quito. Cette conférence des Nations Unies sur le logement et le développement urbain durable a eu lieu en octobre 2016 et a permis à cinq enfants, représentants des cinq équipes choisies, de présenter les résultats de l’opération. ¿Qué Ciudad de México queremos para mañana? doit alors permettre à la ville de Mexico de tenir compte des propositions des enfants dans l’élaboration des futures politiques urbaines, notamment par une réforme du Programme Général d’Urbanisme.

Sensibiliser et impliquer les enfants à la fabrique de la ville : quels résultats ?

Que ressort-il de cette expérience inédite auprès des enfants de Mexico ? Les résultats des ateliers permettent de faire ressortir le rapport des enfants à leur environnement physique (territorial), social, politique et économique (immatériel) et naturel (écosystème).

A l’échelle de la ville, les enfants mentionnent régulièrement l’importance de l’accès aux magasins et aux espaces publics de loisirs dans leurs quartiers. Ils semblent attachés à l’idée d’une ville compacte, mixant les activités et renforçant les équipements de proximité. Dans cette dynamique, la transformation des friches industrielles en locaux sportifs et culturels apparait comme une solution. La mobilité ressort également comme une priorité pour de nombreuses équipes qui proposent de décourager l’utilisation de la voiture privée, d’encourager l’usage du vélo et des transports en commun par une amélioration des services proposés et d’accroitre la sécurité routière. Les ateliers permettent aussi de pointer l’état des infrastructures et des services publics. En effet, les enfants mentionnent par exemple des fuites dans les canalisations, des odeurs provenant des égouts, des nids de poule sur les routes, des manques de lampadaires. Enfin, les diagnostics des enfants font ressortir leur forte conscience sociale, notamment vis-à-vis des problématiques de toxicomanie, d’alcoolisme ou de chômage qui peuvent toucher la ville. Ces derniers pointent également le manque d’établissements de soins et d’assistance sociale pour les personnes vulnérables.

A l’échelle des quartiers, les enfants évoquent souvent les parcs, les zones vertes, les squares qu’ils apprécient dans leur environnement proche. Néanmoins, les diagnostics font ressortir l’insuffisance, le manque d’entretien et le mauvais état général des espaces publics. Les propositions portent alors sur davantage de mobilier urbain (bancs, lampadaires, jeux, etc.) et de végétation. Plusieurs équipes proposent également de développer des activités culturelles dans les espaces publics (théâtre, musique, ateliers). Les espaces de consommation acquièrent aussi une place particulière dans les représentations des enfants, tant le marché traditionnel que le centre commercial.

Une autre partie de l’analyse insiste sur l’environnement social des enfants. Plus de la moitié des diagnostics mentionnent l’insécurité et la violence comme un ressenti récurrent. La peur,  des toxicomanes et des trafiquants notamment, limite l’occupation des espaces publics et la mobilité des enfants qui réclament une amélioration de l’espace physique. Les commentaires sur la pauvreté reviennent aussi largement, les enfants mentionnant souvent les personnes sans-abri. Pour favoriser une plus grande participation des habitants, des équipes ont proposer d’encourager la création de brigades de voisinage chargées d’entretenir les espaces publics et les équipements du quartier. Dans une dynamique parallèle, les diagnostics mettent en évidence une conscience des carences en matière de culture civique dans le quartier et proposent des campagnes d’éducation et de formation (respect des personnes, enjeux environnementaux, sensibilisation à la pauvreté, etc.).

Enfin, le dernier axe d’analyse confronte l’enfant à son environnement naturel. C’est une certaine lucidité des impacts de la vie quotidienne sur le milieu naturel qui ressort. Face au changement climatique identifié, des enfants pointent le manque ou l’abattage des arbres en ville et proposent des actions pour une gestion efficace de l’eau. Les enjeux de sécurité alimentaire font ressortir des idées de potagers et de fermes urbaines. La gestion des déchets a aussi été un thème récurrent face aux problèmes d’odeurs et de ramassage.

Au final, ce projet de consultation rejoint les préoccupations de Robins des Villes à penser l’enfant comme un acteur de la ville à part entière. Nous faisons le vœu qu’il puisse jeter les bases d’une nouvelle forme de participation citoyenne, loin des espaces urbains pensés par et pour les adultes (3).

 

Un film a été réalisé sur cette action et se retrouve ici.

Bibliographie

(1) Loïc Blondiaux, Yves Sintomer, “L’impératif délibératif”, Politix, vol. 15, n°57, 2002, pp. 17-35.

(2) Agence Française pour le Développement, Ciudad de Mexico, “Quelle ville voulons-nous pour demain ? Projet pédagogique sur les enjeux urbains réalisé dans les écoles primaires de la ville de Mexico. Méthodologie et analyse des résultats”.

(3) Bendicht Weber, “L’enfant : un impensé du travail de conception architecturale ?”, Métropolitiques, le 15/04/2015.

 

 

Articles sur le projet

http://www.presseetcite.info/journal-officiel-des-banlieues/nord-sud/mon-incroyable-quito-episode-2-construire-ensemble-la-ville

 

 



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